Dans l’univers des voitures de collection, la Bugatti Type 57 SC Atlantic occupe une place à part. Ce coupé extraordinaire, conçu dans les années 1930, représente l’apogée du luxe automobile et du génie créatif de Jean Bugatti. Produite à seulement quatre exemplaires entre 1936 et 1938, cette création demeure l’une des automobiles les plus recherchées au monde. Son design avant-gardiste, ses performances exceptionnelles et sa rareté extrême en font un véritable trésor pour les collectionneurs passionnés. L’histoire de ce modèle mythique mêle innovation technique, tragédie humaine et mystère non résolu.
À retenir
| Points essentiels | Informations détaillées |
|---|---|
| 🏆 Rareté exceptionnelle | Seulement quatre exemplaires produits entre 1936 et 1938 |
| ✨ Design révolutionnaire | Crête dorsale emblématique formée par 1 200 rivets traversant toute la carrosserie |
| ⚡ Performances exceptionnelles | Motorisation de 200 chevaux permettant de dépasser 210 km/h dans les années 1930 |
| 🔍 Mystère non résolu | Disparition de La Voiture Noire en 1938, valeur estimée à 100 millions d’euros |
| 😢 Tragédie historique | Décès de Jean Bugatti en 1939 à l’âge de 30 ans lors d’un essai |
| 💎 Valeur astronomique | Exemplaires vendus entre 30 et 40 millions de dollars aux enchères |
Sommaire
Un design révolutionnaire signé Jean Bugatti
La conception de l’Atlantic trouve ses racines dans le prototype Aérolithe, également appelé Coupé Aéro. Pour ce modèle unique portant le numéro de châssis 57 104, Jean Bugatti utilise l’elektron, un alliage composé à 90 % de magnésium et à 10 % d’aluminium issu de l’industrie aéronautique. Ce matériau léger et résistant présente néanmoins une contrainte majeure : il ne peut être soudé. Cette particularité technique conduit Jean Bugatti à river les panneaux de carrosserie, créant ainsi la fameuse crête dorsale qui devient la signature visuelle du modèle.
Cette arête caractéristique part de l’extrémité avant de la charnière centrale du capot moteur et traverse le coupé jusqu’à la poupe. Semblable à un aileron tranchant comme un rasoir, elle divise la carrosserie en deux parties maintenues par pas moins de 1 200 rivets. Pour la production des Atlantic, Bugatti remplace l’elektron par de l’aluminium tout en conservant cette couture rivetée emblématique, qui reste aujourd’hui une caractéristique unique dans l’histoire automobile. Les proportions du véhicule attirent : les roues se détachent de la carrosserie tandis que le capot s’étire sur une longueur impressionnante pour une voiture mesurant seulement 3,70 mètres.
Le nom Atlantic rend hommage à Jean Mermoz, aviateur légendaire de l’Aéropostale et ami de Jean Bugatti. Ce pilote pionnier fut le premier à traverser l’Atlantique Sud par voie aérienne avant de disparaître lors d’une ultime traversée en 1936. Les détails de conception révèlent une attention méticuleuse : les portes s’enfoncent dans le toit pour faciliter l’accès à l’habitacle surbaissé, tandis que six sorties d’échappement particulièrement fines parachèvent la poupe. Chacun des quatre exemplaires produits possède des détails spécifiques, rendant chaque Atlantic absolument unique.
Performances techniques et motorisation d’exception
Le cœur mécanique de l’Atlantic repose sur un moteur huit cylindres en ligne de 3 257 cm³, conçu par Jean Bugatti après avoir étudié les moteurs américains Miller. Cette mécanique sophistiquée développe initialement 135 chevaux à 4 500 tours/minute, portés à 140 chevaux à partir de 1935. La version SC, équipée d’un compresseur mécanique, délivre environ 200 chevaux pour une vitesse de pointe dépassant les 210 km/h, performance stupéfiante pour l’époque où les charrettes tirées par des chevaux circulaient encore sur de nombreuses routes.
Le châssis court et surbaissé, raccourci de 3,3 à 2,98 mètres, confère à la Type 57 S un poids contenu de 950 kilogrammes. L’essieu arrière passe à travers les longerons, une solution technique qui améliore considérablement la tenue de route. Le carter moteur, l’embrayage et le carter de boîte participent à la rigidité globale du châssis. En 1936, le carburateur Bugatti cède sa place à un carburateur double-corps Stromberg, tandis que le moteur est monté sur silentblocs en caoutchouc. Les freins adoptent une commande hydraulique à partir de 1938, modernisant encore davantage cette mécanique d’excellence.
| Version | Puissance | Vitesse maximale | Particularité |
|---|---|---|---|
| Type 57 (base) | 140 ch | 155 km/h | Motorisation standard |
| Type 57 C | 160 ch | 175 km/h | Avec compresseur |
| Type 57 S | 180 ch | 200 km/h | Châssis surbaissé |
| Type 57 SC | 200 ch | 210+ km/h | Sport avec compresseur |
Les quatre exemplaires et leur destinée
Seuls quatre Atlantic furent confectionnés à la main par Bugatti. Le châssis 57 374, surnommé « Rothschild Atlantic », fut construit en 1936 pour le banquier britannique Victor Rothschild dans une livrée bleu gris. Ce modèle initialement dépourvu de compresseur figure aujourd’hui parmi les automobiles les plus précieuses conservées. Le châssis 57 591, appelé « Pope Atlantic », fut achevé en mai 1938 pour le Britannique R.B. Pope. Ce dernier exemplaire appartient désormais au créateur de mode Ralph Lauren, qui possède ainsi l’une des voitures les plus convoitées de l’histoire automobile.
Le châssis 57 473, la « Holzschuh Atlantic », fut livré à Jacques Holzschuh en octobre 1936. Son destin tragique marqua l’histoire : son deuxième propriétaire périt dans un accident sur un passage à niveau en 1955, et la voiture fut complètement détruite. Des décennies plus tard, une restauration complexe permit de recréer ce modèle, bien que le moteur original fût perdu. Cette résurrection spectaculaire témoigne de la valeur inestimable attachée à chaque Atlantic survivante.
Quant au châssis 57 453, surnommé « La Voiture Noire », Jean Bugatti le fit confectionner pour son usage personnel. Seul lui ou quelques amis choisis, principalement des pilotes Bugatti, eurent l’honneur de conduire ce coupé noir doté d’un pare-chocs avant et de portes plus basses. Bugatti utilisa cette voiture comme modèle pour les photographies de brochures et comme véhicule de démonstration lors de salons internationaux à Lyon et Nice. Sa disparition en 1938 demeure l’un des plus grands mystères de l’industrie automobile.
Le mystère de « La Voiture Noire » et son héritage
En 1938, face aux menaces de guerre et à l’avancée des troupes allemandes, les Bugatti décident de se réfugier à Bordeaux. La Voiture Noire est mise sur un train à Molsheim à destination de la Gironde mais disparaît mystérieusement. Des rumeurs indiquent que les Nazis l’auraient capturée en 1941 avant de la démanteler. Certaines sources affirment même que Bugatti aurait embauché des détectives pour la retrouver, sans succès. Cette disparition, associée au décès tragique de Jean Bugatti au cours d’un essai en août 1939 à l’âge de 30 ans, marque la fin d’une époque glorieuse pour la marque alsacienne. Pour les passionnés, découvrir Eleanor : la Ford Mustang Shelby GT500 1967 de légende permet de mesurer l’impact culturel d’autres icônes automobiles disparues.
Selon les experts, si La Voiture Noire réapparaissait aujourd’hui, sa valeur dépasserait les 100 millions d’euros. Cette estimation s’appuie sur les ventes récentes d’autres Atlantic : en 2010, un exemplaire fut adjugé entre 30 et 40 millions de dollars américains. Les Atlantic ayant survécu ont remporté de nombreux prix dans les concours d’élégance internationaux comme celui de Pebble Beach en Californie. En 2019, Bugatti a rendu hommage à ce patrimoine avec la Chiron « La Noire », vendue 13,2 millions d’euros à un unique propriétaire, perpétuant ainsi l’esprit intemporel de ce chef-d’œuvre des années 1930.





