L’Audi Sport Quattro S1, également connue sous le nom E2, représente l’aboutissement ultime d’une aventure technique commencée en 1980. Cette voiture de rallye incarne toute la philosophie de la transmission intégrale permanente appliquée à la compétition. Née d’un programme ambitieux, elle reste aujourd’hui l’une des machines les plus fascinantes du Groupe B.
À retenir
| Idée principale | Détail |
|---|---|
| 🏁 Origines et philosophie | Présenter en 1980 la transmission intégrale permanente comme révolution technique en compétition |
| ⚙️ Évolution technique | Passer de 360 ch en Groupe 4 à 598 ch avec la version E2 Pikes Peak |
| 🔩 Innovations majeures | Intégrer une boîte PDK à double embrayage, première mondiale dans les rallyes en 1985 |
| 🏆 Palmarès en championnat | Titres constructeurs 1982 et 1984, pilotes avec Mikkola et Blomqvist |
| 👩 Exploit de Michèle Mouton | Signer à Pikes Peak en 1985 un record mondial en 11 min 25 s, première victoire féminine |
| 🛑 Fin du programme | Retrait d’Audi après l’accident mortel du Rallye du Portugal 1986, cinq ans d’épopée achevés |
Genèse de l’Audi quattro S1 : du concept à la compétition
Tout commence au Salon de Genève, le 3 mars 1980. Ferdinand Piëch, ancien de chez un grand constructeur allemand de sport, présente une idée révolutionnaire : une voiture de grande diffusion dotée d’une transmission intégrale permanente. Cette technologie, alors réservée aux tout-terrains ou à quelques sportives rares, change tout. La version de série dépasse les 14 000 exemplaires produits jusqu’en 1991.
Dès son homologation en Groupe 4 en janvier 1981, la version rallye est profondément transformée. Le différentiel central disparaît au profit d’une répartition fixe 50/50. L’intérieur est entièrement vidé, un arceau soudé remplace le confort. Les ailes passent en aluminium puis en kevlar. Le poids chute à environ 1 100 kg, soit 200 kg de moins que la version de série. Le moteur reçoit un turbocompresseur KKK plus imposant, portant la puissance à environ 360 ch.
La version A2, homologuée en Groupe B, intègre un bloc-cylindres aluminium pour alléger le train avant. La puissance atteint 380 ch. C’est la version la plus titrée de la famille. En parallèle, l’Audi Sport Quattro est présentée à Francfort en 1983 : 320 mm plus courte que l’originale, elle associe l’avant d’une berline deux portes et l’arrière raccourci de la Quattro. Produite à seulement 220 exemplaires, elle affiche 306 ch et boucle le 0-100 km/h en 4,5 secondes. Son prix de lancement ? 195 000 Deutsche Mark en décembre 1984, soit presque le double d’une 911 Turbo de l’époque.
L’Audi Sport Quattro S1 fait ses débuts en compétition au 1000 Lakes Rally d’août 1985. Ses ailes élargies, son imposant aileron arrière et ses entrées d’air sculptées dans les flancs la distinguent immédiatement. Le radiateur prend place dans le coffre, avec la batterie et les radiateurs d’huile, pour corriger le sous-virage chronique et redistribuer le poids : 52 % à l’avant, 48 % à l’arrière.
Fiche technique de l’Audi quattro S1 : chiffres et spécifications
Le moteur 5 cylindres en ligne de l’Audi S1 constitue l’un des éléments les plus remarquables de cette voiture de rallye. Voici un tableau récapitulatif des différentes versions et leurs performances :
| Version | Puissance | 0-100 km/h | Poids |
|---|---|---|---|
| Sport Quattro (série) | 306 ch | 4,5 s | ~1 300 kg |
| Sport Quattro S1 rallye | 450 ch | 3,5 s | ~1 090 kg |
| Sport Quattro E2 | 530 ch | 2,6 s (PDK) | ~960 kg |
| E2 Pikes Peak | 598 ch | < 2,5 s | 1 000 kg |
La cylindrée de la E2 est de 2 094 cm³. Ses dimensions s’établissent à 4 240 mm de long, 1 860 mm de large et 1 340 mm de haut. La version rallye développe entre 450 et 475 ch en configuration de base, dépassant 550 ch en fin de programme. Un système de re-circulation d’air complète le turbocompresseur pour réduire le temps de réponse.
Lors du Rallye de Grande-Bretagne 1985, certaines S1 arborent une boîte à double embrayage, ancêtre direct du DSG. Issue de la technologie de la 962, cette boîte PDK à 6 rapports permet à la E2 d’abattre le 0-100 km/h en 2,6 secondes. C’est une première mondiale dans le monde des rallyes.
Palmarès et pilotes de l’Audi quattro S1 en championnat du monde
Le bilan en championnat du monde des rallyes reste impressionnant. Les titres constructeurs tombent en 1982 et 1984. Les titres pilotes reviennent à Hannu Mikkola en 1983 et à Stig Blomqvist en 1984. Michèle Mouton termine vice-championne du monde en 1982, exploit unique pour une pilote féminine à cette époque, comparable aux grands noms qui peuplent l’histoire des voitures cultes du cinéma et de la compétition.
Voici les principaux pilotes ayant représenté l’équipe Audi Motorsport :
- Walter Röhrl – double champion du monde, quadruple vainqueur au Monte-Carlo
- Hannu Mikkola – champion du monde 1983
- Michèle Mouton – vice-championne du monde 1982
- Stig Blomqvist – champion du monde 1984
- Bobby Unser – vainqueur à Pikes Peak 1986
À Pikes Peak, surnommée Race to the Clouds, la S1 écrit ses plus belles pages. En 1985, Michèle Mouton établit un record mondial en 11 min 25 s 39, première victoire d’une femme et d’un non-américain. En 1986, Bobby Unser descend à 11 min 09 s 22. En 1987, Walter Röhrl franchit la barre mythique des 11 minutes avec 10 min 47 s 85, record inégalé pour un véhicule à moteur thermique sur ce tracé.
Le programme prend fin après le tragique Rallye du Portugal 1986, où un accident provoque la mort de trois spectateurs. Audi annonce son retrait du championnat du monde. Cinq années d’une épopée technique sans équivalent s’achèvent. Certaines S1 continueront néanmoins en rallycross avec des puissances atteignant 700 ch, prolongeant la légende quelques années encore.






